"CHACUN VOIT CE QUE TU PARAIS ETRE..."

Publié le par cucurbitacées

Un article de Cucurbitacées.

 que je remercie au passage de me soutenir dans mon travail par les idées qu'elle m'apporte et son aide dans mes recherches.

 

 

 

Voilà, je discutais avec une amie de tout (et surtout pas de rien) et après les questions d'usage, on en arrive à parler de notre emploi du temps du moment. Et là elle me dit un truc du style "tu sais pas quoi?" avec les yeux écarquillés et un air choqué.
Après qu'elle m'a conté sa mésaventure, je lui propose une petite interview parce que, moi même, ne l'ayant pas vécu, je suis interloquée.

 
Moi (Cucurbitacées) : Dis-moi, comment as tu entendu parler de l'association Charonne (l'équipe de rue de Charonne) ?
Elle : Aprés des recherches  via internet
 
Moi: Qu'est ce qui t'a donné envie d'agir à leurs côtés? Est ce que vous partagez des valeurs communes? Lesquelles?
Elle :  L' objectif  de cette association m'a donné envie de m'engager auprès d'eux. Rares sont les associations qui font des maraudes auprès des sans abris avec comme seuls objectifs d'aller à leur rencontre pour discuter .
Effectivement, je pensais que nous avions des valeurs communes, la première étant de lutter contre l'exclusion sociale et d'accepter l'Homme comme il est avec ses différences; enfin c'est ce qu'ils se disent défendre mais dans la pratique c'est tout autre chose, j'en ai eu l'exemple avec leur réaction à mon égard.

Moi: Peux-tu nous décrire brièvement l'action menée ce jour-là? Tes sentiments? Ta relation avec les autres membres de l'équipe ?
Elle : J'avais rdv à 19h avec 3 membres de l'association afin d'effectuer ma première maraude sur un parcours bien défini. J'ai été bien accueillie, j'étais en binôme pour la soirée avec un jeune homme. La soirée s'est bien passée; nous avons rencontré environ un dizaine de personnes avec qui le contact s'est bien établi. Nous avons terminé vers minuit et avant de nous quitter, un point a été fait avec mon binôme. Il m'a trouvé à l'aise avec cette population, il était content de notre maraude et me parler même d'une prochaine. Moi j'étais assez satisfaite car cela correspondait à mes attentes.

Moi : Suite à cette action, aurais-tu souhaité rester en contact avec eux ?
Elle :  J'étais emballée à l'idée d'effectuer d'autre maraudes.

Moi : L'association Charonne (l'équipe de rue de Charonne) t'a t-elle ensuite recontactée ?
Elle : Oui, ils ont repris contact avec moi au bout d'une semaine environ par sms, en me demandant si j'étais libre pour qu'on se rencontre.

Moi : Peux-tu nous décrire rapidement l'introduction de cette entrevue ?

Elle : Elles (ndlr: les 2 jeunes femmes qui l'ont accueillie) m'ont demandé comment s'était passée ma maraude, et ce que j'en avais pensé. Suite a ça elles m'ont fait part du retour que mon binôme leur a fait. Ils étaient contents de cette expérience et m’ont trouvée particulièrement à l'aise avec ce public.   
 
Moi : Je te laisse maintenant nous annoncer la chute en nous parlant d'un sujet, lié à toi, sur lequel s'interrogent les membres de l'équipe qui ne se sont pas encore "décidés" sur ton cas (je précise que tu les as contactés pour faire du bénévolat).
Elle : Assez gênée semble-t-il l'une d'elle me dis que l'équipe a été amenée à soulever la question suivante à mon sujet. " Nous nous demandons si il nous est possible d'accepter une bénévole voilée?"
 Elle m'explique qu'elles ont été en parler avec des personnes du conseil d'administration de l'association, à savoir si cela posait problème ou non. La personne en question leur a dit qu'un cas similaire leur était arrivé avec une salariée cette fois-ci, et qu'on lui a demandé de retirer son voile pour travailler.
Elles me disent ensuite que la décision n'était cependant pas encore prise, mais que je ne pouvais pas faire de maraudes avec eux en attendant et que le débat était ouvert. 
Elles souhaitaient savoir ce que j'en pensais...

Moi : Comment as-tu réagi à ce moment ? Peux-tu nous donner tes arguments ainsi que les réponses qui t'ont été données (s'il y en a eu) ?
Elle : Une quantité de sentiments m'a traversée, j'étais abasourdie, choquée, émue ... puis les larmes m'ont envahie. La première chose que je leur est dite est qu'effectivement je suis voilée et derrière ce voile il y a une femme, je ne suis pas une statue mais une femme comme elles avec des sentiments et des valeurs ; et que je ne comprends pas qu'une association qui se dit défendre certaines valeurs comme celles dont ils m'ont parlé à notre première rencontre mais aussi notées dans leur charte (voir en fin de page) se permettre d'exclure une bénévole pour le seul motif qu'elle soit voilée. Le mot est lâché. Elles me disent non justement ont ne souhaite pas t'exclure c'est pour cela que l' ont a souhaité te rencontrer afin d'en parler; et là une longue conversation commence. Je leur dis juste ne jouant pas avec les mots que leur décision est prise.


Après cette discussion, on a précisé à cette personne qu'elle était la bienvenue dans les locaux, que la porte lui était ouverte pour venir boire un café... C'est un comble! Est-ce là une façon de se déculpabiliser d'exclure une personne avec l'intention de venir en aide aux autres, alors que l'association a pour but la lutte contre l'exclusion ? Bravo! Genre, viens boire un café, on est sympa! Qu'elle leçon d'humanité!
Alors j'ai envie de demander à cette association : quels sont les critères pour avoir l'honneur de pouvoir venir renforcer vos équipes ? Peut-être faut-il se fondre dans la masse, et inhiber son droit à la différence ? Les membres de cette association sont eux-mêmes différents des personnes à qui elles viennent en aide, alors pourquoi mon amie serait-elle exclue de par sa tenue différente ? Car comme elle le dit elle-même, elle n'a pas manqué de préciser qu'elle était une femme, comme elles (ses interlocutrices) et qu'elle avait juste un foulard en plus.

Je n'ai surtout pas envie de me dire que "c'est comme ça partout" "ca sert à rien de le dire" ou encore "y a pire comme situation" car c'est quand on n'est plus choqué de rien que le pire se met en place. Etre en colère contre ce genre d'attitude est le signe d'un coeur vivant, cela devrait même être une obligation que chacun pourrait se donner pour ne pas sombrer dans le côté obscure de l'être humain et en venir à accepter l'inacceptable sans même s'en rendre compte.

Peace.

Charte de l'association :


 

Charte des bénévoles de l’équipe de rue de Charonne
Portons la Liberté, l’Egalité, la Fraternité dans nos quartiers, au travers d’une action

Citoyenne
L'exclusion et la pauvreté sont l'affaire de tous. La démarche contribue à construire des ponts entre les habitants d’un quartier, dans toute leur diversité. L’attention est portée aux personnes vivant dans la rue.

Conviviale
La démarche permet l’émergence de moments de partage conviviaux et la construction de relations de confiance entre les bénévoles et les personnes de la rue.

Respectueuse
Chaque Homme est libre.
La démarche repose sur des valeurs d’humilité et de tolérance. Elle respecte et défend l’autonomie et la volonté des personnes de la rue.

Collective et réfléchie
La démarche s’effectue en équipe, les initiatives sont collectives. L’action est pensée et construite ensemble, dans l’intérêt premier des personnes de la rue.

Gratuite
Aucun profit personnel, matériel ou financier, ne peut être tiré de l’action.
Au contact des personnes de la rue, priorité est donnée à la gratuité du moment.


Responsable
Tout acte ou parole de chacun entraîne la responsabilité de l’équipe.
L’action est entreprise avec sérieux et régularité, les engagements au sein de l’équipe et envers les personnes de la rue sont respectés.

Engagement mutuel entre les bénévoles et l'Association Charonne

La maraude de l'association Charonne a pour objectif de créer des relations de confiance avec les personnes vivant dans la rue, dans le respect de leur volonté et de leur autonomie.
Elle se fonde sur une démarche de tolérance, d'humanité et de solidarité.

Cette démarche est collective : le projet est pensé et construit ensemble, les initiatives sont menées en commun, sans qu'aucun profit matériel ou financier puisse en être tiré. Tous les bénévoles sont chacun responsables en tant que membres de l'équipe et s'engagent donc à mener auprès des personnes de la rue, avec sérieux et régularité, les actions décidées collectivement.


Ayant choisi d'œuvrer dans le cadre de l'association Charonne, les bénévoles s'engagent à respecter les principes fondateurs de l'association, énoncés dans le projet associatif, et à participer à la vie de celle-ci dans les formes prévues par ses statuts. Ils se déclarent prêts à suivre les formations qui leur seront éventuellement proposées pour mieux mener à bien les actions entreprises, dont ils acceptent par ailleurs qu'elles puissent être remises en question ou réorientées après discussion avec les responsables de l'association. Ils s'engagent également à observer strictement les règles de la confidentialité.

De son côté, l'association Charonne s'engage à accueillir les bénévoles et
à leur permettre de s'intégrer dans le projet en fonction de leurs attentes et de leurs compétences. Elle s'engage aussi à leur proposer des formations internes adaptées et à leur apporter tout le soutien, l'écoute ou l'accompagnement dont ils pourraient avoir besoin dans le cadre des actions menées, notamment en favorisant les échanges et le partage d'expériences. Elle s'engage enfin à assurer un rôle de coordination, d'évaluation et d’information sur ces actions.

Le non-respect de cette charte entraîne de fait la fin de toute action du bénévole au sein de l'association Charonne

 


 

N.B. N'hésitez pas, chers lecteurs, à partager avec nous vos opinions et enrichir ce blog de vos idées. Pas besoin d'être un cucurbitacée pour vous exprimer. Au besoin, vivemafrance pourra également vous aider. A bon entendeur !

 


 

Humanistes de tous les pays, Indignez-Vous* !

 

vivemafrance a souhaité s'exprimer sur cette affaire car trop de cas similaires fleurissent dans nos régions comme des chardons dans le bouquet d'une mariée.

 

Y aurait-il une classification des bonnes/ mauvaises gens ? Certains Français  seraient-ils plus aptes à participer à la vie de la Cité sous le simple prétexte qu'ils sont ceci ou ne sont pas cela ?

La peur ni les préjugés n'ont jamais été bons conseillers. Avant que d'être gêné par  quelque voile qui me couvrirait, cmmence par ôter celui qui te couvre les yeux.

 

 

"Il est bien peu de monstres qui méritent la peur que nous en avons", André GIDE, Les Nourritures Terrestres.

 

 

* : titre du last but not least (dernier mais non des moindres) ouvrage de Stéphane HESSEL.

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Fatima 22/07/2011 11:22



Bonjour,


J'ai lu votre article jusqu'au bout car il m'intéressait. Je suis concerné en tant que femme musulmane qui porte le voile. Moi-même, je suis confronté à ce genre de comportement face au
voile. Ils ont peur de ce u'il ne connaisse pas mais en expliquant que c'est important pour nous car le port du voile fait partit de notre pratique. Pour la plupart de ces personnes, ils
finnissent par accepter mais ne comprenne pas forcément.


En France, les gens se disent tolérent mais ils ne le sont pas ou très peu. S'ils l'étaient vraiment on serait accepter avec le voile et la question de le retirer ou non pour travailler ne se
poserait plus.


Bref, nous vivons avec ces comportements et la meilleur chose à faire c'est de réagir positivement ; et ne pas être affecter mais surtout mener un vrai combat pour qu'ils finnissent par
accepter ce choix qui est le notre.


Merci de m'avoir lu


Fatima



vivemafrance 22/07/2011 18:47



Bonjour,


Je comprends bien que les questions qui vous touchent directement vous interpèlent et j'imagine bien que votre quotidien n'est pas toujours très facile.


La tolérance est un mot qui ne devrait même pas exister. C'est une acceptation de l'autre en quelque sorte, un effort consenti pour exprimer un désaccord. C'est pourquoi je pense qu'on
devrait éviter d'utiliser ce terme et parler de respect ; terme qui conserve l'égalité entre personnes d'opinions opposées (mais ne nous étalons pas davantage).


Comme vous le dites, il faut savoir communiquer sur ses convictions, même si elles ne sont pas toujours bien comprises. C'est un peu le lot de ceux qui sont "hors-norme". Toujours répondre à la
question du pourquoi... Quand ce n'est pas une question, c'est un regard interrogateur.


La France est un pays laïc et devrait donc garantir à chacun la liberté de culte. La définition du  terme "laïc" s'est progressivement transformée jusqu'à ce que la laïcité
devienne synonyme de "transparence individuale". Ce qui est dangereux encore une fois, c'est la contrainte subie par les individus afin d'aboutir à une société uniforme, plus facile à contrôler.


Je crois aussi qu'il est du devoir de chacun de dénoncer une injustice même quand il n'en est pas une victime (directe ou indirecte).


Bonne continuation, bon courage dans votre combat (qui doit toujours rester intelligent, solidement argumenté et respectueux) et à bientôt.


(aucune raison de me remercier de vous avoir lue. Je comprends que ça fait du bien d'avoir été entendue mais ce n'est pas mal non plus que de pouvoir connaître l'opinion d'autrui.
Disons qu'on est quitte).


Bien à vous.



alfonse dindon 20/07/2011 13:03



« bénévoleuses vs bénévoilée »


Bonjour, mais uniquement pour la formule de politesse puisque le moment ne s'y prête guère.


Je suis moi même étonné que le conditionnement puisse s’infiltrer dans de telles niches (niche : n.fem. Habitat du chien). Effectivement cette femme en est une mais la question : est ce
que les bénévoleuses de l'association charogne en sont ? est plus complexe à aborder. Elles ne peuvent malheureusement pas prétendre au titre de femme avec toute la délicatesse et
l'engagement que ce mot renvoie. Pourquoi ? Tout simplement parcequ'une personne qui n'a pas d'avis propre, de principe, de valeurs voir même d'âme ne peut se prétendre maître de ses pensées, ses
paroles, ses décisions. Un tel individu se retrouve relégué au rang lointain de simple robot exécutant. Ces individus ne disent pas ce qu’ils pensent puisqu’ils ne pensent pas, ils se contentent
de répéter bêtement des idées toutes faites conçues par leurs maîtres penseurs ou par les nouveaux philosophes israélo-français. Au centre commercial des idées reçues il n’y pas beaucoup de
choix, mais qu’importe, si tout le monde prend le même modèle c’est sûrement qu’il est fiable ; et c’est tellement peu cher la pensée au rabais qu’on a tendance à remplir son caddie.
 


Ces personnes ne sont pas les seules à mentir elles ressemblent au politicien qui assure vouloir le bien du peuple alors que seul le pouvoir (et l’argent qui va avec) l’intéresse. Ou encore à
ceux qui disent « nous croyons en Dieux » devant les croyants et « bien sûr que non » devant les mécréants. Enfin, vous l’avez tous compris, nous sommes devant un cas
caractérisé d’hypocrisie latente facilement débusquée.  Mais ne nous étonnons pas, le monde en regorge et tant mieux pour nous si cela peu nous rendre compte chaque jour de
notre intégrité.



vivemafrance 22/07/2011 18:26



Alphonse Dindon, toujours autant d'esprit !


Et puis les soldes, ça aide un peu. Les idées reçues à "coût bas", c'est quand-même plus accessible qu'une réflexion de fond, ce dernier seulement pouvant être atteint parfois.


Plus sérieusement, quand une personne développe des arguments, on peut toujours discuter, ou du moins comprendre. Là il semble que l'attribut vestimentaire seul tienne lieu d'argument. Ce qui
m'inquiète dans cette histoire, c'est qu'elle reflète la tendance des individus à la fainéantise intellectuelle : on glane des "infos" et on se construit une vérité. D'autre part, on voit
aussi combien la propagande inform-institutionnelle a façonné le cerveau humain. Le chômage, les immigrés, la crise... n'étant plus des instruments de l'homogénéisation des attitudes et
comportements, on a créé un nouveau "monstre social" : l'islamisme, l'islamisation, les arabes (les immigrés par la même occasion), les musulmans.


Révisez vos "amal-gammes".