ETRE ET AVOIR.

Publié le par vivemafrance

"La grande dépression du XXIème siècle"


Ces dernières années (2010, 2011), de nombreuses études dont celle de l'OMS, de l'INSEE ou du centre d'analyse stratégique observent que les Français vont mal. En cause essentiellement, la crise économique qui sévit depuis 2008. La menace du chômage, l'incertitude, les perspectives d'avenir restreintes provoquent sentiment de vulnérabilité et mal-être chez la population. Difficultés économiques, problèmes personnels, stress et fatigue morale : tout ceci crée chez l'individu un sentiment d'impuissance, une mésestime de soi ; ce qui affecte (parfois de façon irréversible) la santé mentale de l'individu. S'ensuit alors un repli sur soi, un besoin de s'échapper. La personne est en grande souffrance. La dépression n'est plus très loin.

 

« Je n'ai jamais rien vu de pareil», explique la psychologue californienne Leslie Seppinni, «des personnes n'ayant jamais eu de problèmes psychologiques, présentent maintenant de sérieux symptômes dépressifs».
Une étude faite en Grande Bretagne, montre que les personnes au chômage sont deux à trois fois plus à risque de commettre un suicide.

(...)

Une étude internationale confirme que les périodes de récession sont associées à une hausse des suicides, à une augmentation de la violence domestique, de la consommation de drogue et d'alcool et à un accroissement des taux de divorces. Le contraire n'est hélas pas vrai, les périodes de prospérité économique n'ont pas d'effets positifs équivalents sur l'humeur des gens.
Alors, l'argent ne ferait-il pas le bonheur ?"

http://www.express.be/joker/fr/platdujour/les-suicides-lis-la-crise-conomique-sont-en-hausse/104571.htm

 

 

"comme le signal un article du site "PyschoMédia", la directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, lors d’une rencontre, le 9 octobre, avec des spécialistes des troubles mentaux à la veille de la Journée mondiale de la santé mentale 2008, prévient : «Nous ne devrions pas sous-estimer les turbulences et les conséquences probables de la crise financière. Il ne faudra pas être surpris de voir plus de personnes stressées, plus de suicides et plus de désordres mentaux"

http://www.andrh-stress.com/article-23616140.html

 

 

Le sujet est grave et les perspectives se révèlent être extrêmement sombres mais ne dit-on pas que chacun voit midi à sa porte ? Quant au malheur des uns... 

 

Pour les publicistes, un seul traitement : consommer.


Les Français ne mangent pas que de la baguette de pain et des cuisses de grenouilles. Il est vrai que nous avalons aussi beaucoup, beaucoup, d'antidépresseurs. Fins gastronomes, nous sommes également les premiers consommateurs de psychotropes ! La France est le pays au monde où l'on a le plus de chances de rencontrer une personne dépressive. Plus de trois millions de Français sont touchés par la maladie.

La dépression coûte environ 2.000 euros par personne et par an à la sécurité sociale et ce n'est pas Lacrise (ça se lit comme un nom propre désormais) qui va arranger ça. Il faut absolument trouver un remède moins onéreux. 

 

Mais la dépression, c'est quoi au fait ? Petite définition en images :

 

 

 

Les périodes de crise (si j'ai bien compris, une dépression s'étend sur une période plus longue. Combien d'années ? Ca...), en effet, ne sont pas sans incidence sur la consommation des ménages. Si les Français s'engagent moins dans des dépenses trop importantes (vacances, aquisition d'un logement), ils ont en revanche besoin de "se faire plaisir", oublier la morosité. C'est pourquoi les "petits" achats se portent plutôt bien.

 

Moi aussi, j'ai bien failli devenir comme ce monsieur dans le spot mais un jour que je regardais une pub à la télé, j'ai eu un déclic. LE déclic. J'ai vraiment compris que la consommation est un réel plaisir au moment où je saisissais les chiffres de ma CB sur l'internet. Une petite robe noire, c'est ce dont j'avais besoin pour me sentir mieux. Ca a changé ma vie !


 

Quand le plaisir tient dans quelques mètres carrés d'étoffe. 

 

Working girls only *

 

 

C'est vrai en plus, ça ne vous est jamais arrivé à vous de casser une biscotte dans votre main en la tartinant ? De vivre misère sur misère au point de croire que tout le monde s'est ligué contre vous ? Et puis vous n'avez jamais remarqué que ça vous arrive toujours quand tout va déjà bien mal ?

La loi des séries. C'est comme ça que je me suis dit : un événement positif appelle un événement positif. Vite, une petite robe noire !

 

Désormais fini la psy à 151,23 euros la séance non remboursée ni prise en charge par ma mutuelle. J'ai "une petite robe très chic".

 

 

La joie vous transporte.


Vous ne les avez cetainement pas vues ou pas comprises mais certaines images dans le spot qui suit ciblent directement le consommateur homme. Ceci, donc, quoi qu'il en paraisse (femmes au volant, petite fille qui sourit) est une publicité destinée aux hommes. 

 

 

 

Seulement, si la joie est à ce prix là, ... ça fait un peu cher, non ? A supposer que l'on puisse acheter une émotion en occasion, ça reste encore inacessible.

 

Petite parenthèse :

"la joie nous inspire, nous lui devons nos plus belles oeuvres d'art" : il faut que je le dise mais ça, c'est n'importe quoi. Déjà, ça n'a pas de sens et la joie n'est pas une force créatrice. En tout cas moins que la tristesse ou la douleur. En plus de cela l'argumentaire est vraiment mauvais.

 

 

Le bonheur lyophilisé :


Pour relancer la consommation des ménages cette fois, voici un autre spot publicitaire. Un peu plus ringard celui-là et destiné aux familles (je ne fais aucun rapprochement).

Une famille avec trois enfants et donc des préoccupations différentes. Finis plaisirs et petites joies égoïstes. Si le premier poste de dépenses des ménages français est le logement (dernière enquête INSEE), l'alimentation vient juste derrière. Alors voilà :

 

 

 

Du bonheur en sachets...

J'ai voulu essayer. J'ai pris 17 kilos en trois semaines et vous savez quoi ? Rien. J'attends. En même temps, à chaque fois que je mange de cette purée, j'ai un peu peur de ressembler à ces caricatures dans le spot. Mais au moins, du bonheur, j'en ai plein mon placard. Je continue néanmoins de me demander qui a décidé que le bonheur était dans la pomme de terre.

Attention toutefois à la date de péremption.

 

Conclusion.

 

Il existe un moyen pratique et accessible pour se sentir bien et éloigner toute menace de dépression : la publici-thérapie.

Laissez tomber la joie et les petits plaisirs futiles pour le bonheur. Bien plus durable en plus. Trouvez-vous un(e) conjoint(e) et des enfants ! Sinon c'est "bonjour tristesse**".

 

Parfaitement indécent. Encore un truc de publicistes, ça. Toujours à surfer sur la vague. A "l'austérité" des débats politiques, ils répondent "le bonheur est dans le porte-monnaie". Parce qu'on ne sait plus à quoi s'accrocher, parce qu'on est désemparé, on nous exhorte à une consommation salvatrice.

Achats-miracles ou achats-médicaments, ils nous ouvriraient la voie vers des jours meilleurs. Mais si vous ne trouvez pas votre bonheur dans un sachet de purée, ne rêvez, pas, vous ne serez pas remboursés.

 

Joyeuses fêtes.

 Il est vérifié que les périodes de fêtes accroissent le mal-être des personnes déprimées. Fraternité, générosité, partage... se reflètent dans un miroir aux alouettes grossissant. Les fêtes de fin d'année poussent inexorablement à la consommation et sont d'autant plus violentes pour des personnes qui sous-vivent tant bien que mal.


Non, la consommation ne fait pas le bonheur.

 

 

 

* réservé aux femmes actives.

** titre d'un ouvrage de Françoise SAGAN.

Publié dans actualité sociale

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