NOS ANCIENS SANS-ABRI.

Publié le par vivemafrance

  

PAPI ET MAMIE A L'HOPITAL POUR CAUSE DE CONGES ANNUELS.

 

 

Je discutais il y a quelques temps avec une amie infirmière. Elle me parlait alors de vacances, de pauvres petits vieux qui venaient aux urgences avec leurs valises... C'était à n'y rien comprendre. Quel rapport ?

 

Seulement ces derniers temps, à voir tout ce petit monde partir en vacances, en revenir, le sujet m'est... revenu.

Un pays sans ses vieux, c'est un peu comme une histoire dont on aurait manqué le début. Il m'est alors apparu plus que nécessaire que d'évoquer ce sujet dans mon blog.

 

Qui l'eut crû ?

Nous sommes en période estivale et régulièrement depuis le début du mois de juillet, des personnes âgées affluent dans les services d'admissions des hôpitaux pour une maladie bien étrange.

 

C'est bien connu, pendant, les vacances, on se repose, on se détend, on oublie tout. On s'assure pour le "zéro tracas" : on met le chien au chenil ou, après avoir fait les comptes – un chenil ça coute cher, on le laisse à la SPA. Quand on ne l'oublie pas dans un bois ou sur le bas-côté d'une nationale. De toute façon, les gosses n'en voulaient plus.

 

Les vieux aussi ont besoin de vacances. Alors en été, quand enfants et petits-enfants se prélassent, font des châteaux de sable ou s'exposent sous un joli soleil sur le bord des plages de France ou d'ailleurs et par la même "occasion" s'exposent à un cancer de la peau (mais on s'en moque), papi et mamie font eux aussi leurs valises, mais pour une destination toute différente.

Naturellement, les enfants les aident un peu, ça va plus vite. Et pour peu que mamie souffre d'une polyarthrite rhumatoïde, elle n'est pas près de boucler ses bagages. On les console aussi : « tu verras, ça va passer vite, et puis on se revoit dans deux semaines. C'est vite passé ! N'oublie pas ton dentier, hein. Je pourrai pas revenir te l'apporter».

Emplis d'un enthousiasme qui n'a de vrai que le mensonge qu'il recouvre, les enfants vont, s'affairent, rigolent et font de bonnes blagues à papi et mamie. On détend l'atmosphère, on minimise la séparation. On se prend même à raconter qu'on aimerait bien être à leur place !

 

Papi et mamie sourient pour faire plaisir. Enfin, un sourire de façade parce que leur vacances, ils aimeraient vraiment les annuler. Seulement c'est trop tard, tout a déjà été organisé pour leur merveilleux séjour en quarantaine. Alors ils se consolent en espérant que pendant leurs congés, ils pourront au moins choisir leurs programmes télévisés.

  

C'est fait. Les valises sont bouclées, tout le monde est prêt pour le départ ! Heu... on dépose d'abord papi et mamie, hein. Direction l'hôpital intercommunal. Ben quoi ? Tout le monde le fait ! Mais oui ! Bien sûr ! On dépose les vieux à l'hosto pour raison de...heu... Et puis d'abord, on a une ordonnance du médecin de famille qui dit que les vieux ne vont pas bien ! Alors hein ! Et puis ils sont vieux. Si ça ce n'est pas une raison valable et sérieuse. D'ailleurs de plus en plus de personnes atteintes de sénilité chronique évolutive (j'ai trouvé que ça sonnait bien comme maladie, même si je ne suis pas sûre que "chronique" et "évolutive" puissent s'associer. Bref.) se retrouvent chaque année à déambuler das les couloirs des hôpitaux publics français. C'est pas cher et puis ils seront entre de bonnes mains, ils mangeront équilibré et les infirmières feront bien attention à leur diabète. "Attention" oui, on les aime nos parents, on ne les dépose pas n'importe où ! Quoi ? Les emmener avec nous en vacances ? Heu, oui mais là ce ne seraient plus des vacances (n'oubliez pas, on a dit "zéro tracas" !). Et puis, ils ne sont plus tout jeunes, ils ont besoin de calme.

 

Le plus triste, c'est que chaque année à l'approche de l'été, nos petits vieux font leurs valises tous seuls maintenant, quand ils ne se rendent pas eux-mêmes à l'hôpital (de source fiable, mon amie infirmière toujours). Ils attendent patiemment que leurs progénitures se soient rassasiées de soleil et remises de la terrible tâche que de s'occuper de leurs parents pour revenir. Heureux ?

 

On organise des journées portes ouvertes, des campagnes contre l'abandon des animaux de compagnie durant l'été mais pour papi et mamie dont le coeur agonise de tant et tant de séjours hospitaliers, on fait quoi ? Un chenil aussi ? Une pension ?

On ne va tout de même pas dépenser autant. On attend qu'ils disparaissent. C'est élégant ce mot, « disparaître ».

D'abord, c'est la faute du citoyen égoïste, pas celle de l'Etat. C'est Monsieur CHIRAC (alors Président de la République française - canicule de 2003) qui a dit ça. Il n'a d'ailleurs pas écourté ses congés sans mal pour revenir à la capitale (juste une grosse "catastrophe" sanitaire tout ça). Alors en faire une priorité nationale, sachons raison garder ! Cela dit, cette situation met aussi directement en cause les familles des personnes âgées à mon sens.

 

C'est ainsi que durant la grande canicule de 2003, les enfants ont mystérieusement disparu, comme évaporés. Les services sociaux ont dénombré 15 000 décès dus à la canicule. Mais quand il a fallu contacter les proches pour identifier les corps, personne. Tout le monde avait « disparu ». Qui voudrait prendre en charge la lourde partie administrative du décès, organiser un enterrement, payer les pompes funèbres...?

 

Vous ne me croyez pas ? Quand l'idée m'est venue de conter l'histoire de papi et mamie, j'avais seulement l'intention d'écrire une petite fiction-réalité. Et la curiosité m'a prise d'aller fouiller dans les médias de l'époque. Je n'ai pas trouvé grand-chose mais ça fait déjà trop :

 

 "Une infirmière en poste dans un service d’urgences d’un hôpital de la région PACA raconte ainsi : « Quelques jours avant le début des grandes vacances, nous assistons invariablement à la même scène ; des familles arrivent accompagnées d’un parent âgé. Elles exhibent une ordonnance du médecin de famille sur laquelle on peut lire que cette personne souffre d’une « dégradation de l’état général ». Nous ne pouvons bien évidemment pas refuser la prise en charge de ces patients. Une fois les formalités d’admission terminées, la famille disparaît le plus souvent sans laisser ses coordonnées et ne prend généralement pas la peine de nous contacter pendant la période d’hospitalisation »."
http://www.senioractu.com/Quand-l-hopital-devient-un-centre-de-vacances-pour-personnes-agees--chronique-de-Nancy-Cattan_a11287.html

 

"A la morgue du CHU de Bordeaux, une cinquantaine de corps sont « à l’abandon », tout simplement parce que leurs familles refusent de payer les frais d’obsèques. « Il ne s’agit pourtant pas d’indigents, pour lesquels il existe une procédure de prise en charge municipale, s’indigne un responsable du service de médecine légale. Nous essayons de trouver un moyen légal pour obliger les familles à venir chercher leurs proches, mais ce n’est pas facile. »"

(...)

"« Le 15 août, explique un opérateur funéraire du 14e arrondissement de Paris, une maison de retraite nous informe du décès d’une pensionnaire. Son fils, qui était en vacances en Auvergne, a dit qu’il ne comptait pas revenir tout de suite. Nous avons dû attendre jusqu’au 21 août pour enterrer sa maman. »"

http://www.lepoint.fr/archives/article.php/39983  

 

Voilà comment "sous-vivent" nos vieux ! A côté de ça, heureux celui qui croupit en maison de retraite. Oui, oui, on pourra toujours dire « mais il est bien là-bas, il a ses habitudes, sa liberté. Et puis on vient le voir tous les mois ». Ok mais a-t-il vraiment besoin de soins en hospitalisation long séjour ? Il n'a pas de famille ?

 

Papi et mamie : les anciens sans-abri. Avec cela, "Le bulletin de prévision saisonnière de Météo-France prévoit un trimestre juin-juillet-août globalement plus chaud que les normales saisonnières[pour 2011, ndb]".

 

Prions pour revoir papi et mamie en septembre. D'ici à là, souhaitons-leur de vraies bonnes vacances.

Perdre nos vieux (c'est affectueux, là), c'est perdre la mémoire. Perdre la raison. Si jeunesse savait...

 

 

Publié dans actualité sociale

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