"JE VOUS AI COMPRIS."
Avez-vous déjà ressenti cette obligation que d'articuler bien clairement jusque tous les accents avec votre interlocuteur ?
Vous êtes-vous déjà surpris à parler plus fort que de coutume à quelqu'un sans qu'il n'ait de déficience auditive, sans même être en colère ?
Avez-vous déjà brassé du vent en mettant tout votre coeur à indiquer son chemin à un pauvre automobiliste perdu ?
Oui ? D'accord...
Ca me rappelle une histoire et ça se passe à la poste.
Un homme arrive au bureau de Poste. Il souhaite envoyer un colissimo (on va pas s'embarrasser de dire les marques).
La guichetière (dont les automatismes professionnels et les gestes usés autant que machinaux font soudain place à une étrange volonté d'aider ) : alors ! vous indiquez ! votre adresse ! là !
il faut ! écrire ! votre ! adresse ! d'accord !?
Le client : ah oui, d'accord, il faut que je mette mon adresse.
La guichetière : voilà ! dans le ! carré !
Une réflexion s'impose alors à moi. C'est dingue comme les décibels produites par les cordes vocales d'un individu peuvent varier avec l'origine (l'aspect extérieur ?) de la personne à qui il s'adresse.
Le client était noir... (à la Poste on appelle ça des "usagers". Les clients, pas les Noirs. Ben oui... Enfin... ce ne sont pas deux groupes distincts parce qu'il existe des usagers Noirs. Bref ! Ne nous éparpillons pas).
Ca va de soi, quand on est noir, on ne comprend pas le français. Sauf si on nous crie dans les oreilles en accompagnant chaque syllabe de grimaces grotesques et de grands gestes ridicules - sans oublier d'emprunter une expression (du visage) à la Scary movie. J'espère au moins que les déboitements de l'épaule, les tendinites et mâchoires bloquées sont totalement pris en charge par la caisse d'assurance maladie des salariés de la Poste. Oui, bon, la banque postale quoi.
Réfléchissez. Je suis certaine que vous l'avez déjà fait :
Alors ! au deuxième feu ! pas celui-là ! mais l'autre ! vous tournez ! et touuut au bout ! de la rue ! à droite ! quand ! vous pouvez plus ! aller tout droit ! c'est à droite ! vous avez ! compris !?
Ca marche aussi avec les autres têtes pas-d'chez-nous, tout ça ...
Etrangement quand c'est un Américain ou un Anglais, on est déjà plus complexé et on bafouille aussi bas que possible "honteux et confus", le dos courbé et la tête dans les épaules : "heu... Désolé. Not english, me... You eundeurtèd * ?". Le truc qui veut rien dire, quoi.
Pourquoi se sent-on obligé de parler la langue des uns quand on attend des autres qu'ils connaissent la nôtre ?
Petite astuce pour vous éviter de sentir le monde se retrécir autour de vous quand vous êtes face à un anglophone : faites comme s'il était un "étranger" de chez nous.
* déformation grossière du terme understand, qui signifie comprendre.