# TU SERAS UN HOMME, MON PERE.
QUAND LE GOUVERNEMENT S'INVITE DANS VOTRE GESTION FINANCIERE.
Fin d'année 2005 : des émeutes sans précédent explosent dans les banlieues des grandes villes françaises. Des jeunes « des quartiers » irrespectueux des valeurs françaises, des parents qui ne tiennent pas leur rôle...
Bref. On aura tout tenté pour expliquer le malheureux échec des politiques d'immigration en France.
Que dis-je ! Ce ne sont certainement pas les gouvernements successifs qui ont échoué sur la question de l'immigration. Ce sont les parents. Eh bien oui !
Voilà comment deux mois plus tard, le 04 janvier 2006, le contrat de responsabilité parentale (CRP) est adopté en conseil des Ministres. Identifié comme la mesure phare du projet de loi sur l'égalité des chances, ce contrat a pour objectif la lutte contre l'absentéisme scolaire. Ce n'est pas tout. Il vise d'abord et surtout à « responsabiliser » les parents « démissionnaires ». En d'autres termes, le CRP formalise un code de bonne conduite auquel les parents auront été amenés à adhérer. Bien entendu, ces nouveaux comportements seront balisés (dictés) par un certain nombre de prescriptions.
Attention ! En cas de manquement à leurs obligations, la justice - à la demande des présidents des conseils généraux - pourra mettre sous tutelle les allocations percues par les parents.
Les prestations pourront toutefois être reversées rétroactivement aux parents dont les enfants auront retrouvé le chemin de l'école. Une histoire de carotte, en somme.
www.lexpansion.com, Le Contrat de Responsabilité Parentale adopté, 11/01/2006.
Ce 26 juin 2010, l'Assemblée Nationale vote en première lecture le texte d'Eric CIOTTI, président UMP du conseil général des Alpes-Maritimes, sur la suppression des allocations familiales aux parents dont les enfants enregistrent un fort taux d'absentéisme scolaire. Bien entendu, il y aura un premier avertissement. Douceur et prévenance. C'est qu'on fait ça dans les règles à l'UMP.
Les préoccupations de l'élu : «réhabiliter au cœur de l’Ecole et des familles les notions de responsabilité, de respect de la règle et de l’autorité».
www.liberation.fr, absentéisme scolaire : l'Assemblée Nationale adopte le texte suspendant les allocations, 29/06/2010.
« Député de l’Oise, proche de Brice HORTEFEUX et secrétaire aux fédérations de l’UMP, Edouard COURTIAL prône une réforme de l’aide pour éviter son "dévoiement". »
Selon lui, il est grand temps de remettre un peu d'ordre dans ces allocations ! La suspension n'est pas suffisante, loin s'en faut. Les parents doivent cesser de dépenser les précieux euros en frais d'équipement pour leur logement !! L'argument qui fait mouche.
Au passage, les parents, ne manquez pas de remercier le gouvernement pour votre nouvel écran plat...! Et puis avec cet argent, vous pourriez plutôt acheter des scooters à vos enfants ;-).
Et d'ajouter : « La majorité des bénéficiaires est honnête et préoccupée par la réussite de leurs enfants. Mais il faut seconder les familles qui ne sont pas assez attentives à la réussite scolaire, en les contraignant à équiper leurs enfants pour le travail en classe. »
Vous noterez le vocabulaire : "seconder les familles", "pas assez attentives", "en les contraignant". Quand la répression entre dans les foyers...
Tout est dit ! " en les contraignant", voilà une bien jolie expression pour expliquer aux parents qu'on va les aider à surmonter leurs éventuelles difficultés.
Suis-je bête ! Les familles ne sont "pas assez attentives", je viens de l'écrire ; les parents ne sont pas en difficulté, ils sont laxistes. Rien de tel qu'un resserrage de boulons pour encadrer tout ça.
A la question du journaliste : Vous pensez qu’il faut tenir la main aux familles?
Edouard COURTIAL répond : J’attends les critiques de ceux qui ne voudraient pas aider les élèves défavorisés!
(Heu, ça veut dire "oui" ça, non ? )
« Avec le respect de l’autorité, l’effort individuel et la méritocratie, vous avez les marqueurs du sarkozysme. Cette proposition de loi s’inscrit au croisement de ces valeurs. »
Monsieur Sarkozy n'a rien inventé, ça s'appelle le despotisme ça, ou le conservatisme à l'anglaise, je ne sais plus trop.
www.lejdd.fr, Courtial : moraliser l'allocation de rentrée scolaire, 14/08/2010.
Pour ceux qui n'ont pas tout suivi :
Les parents sont responsables des actes de leurs enfants. Ils peuvent d'ailleurs être sanctionnés pour manquements à leurs devoirs. Afin de rendre aux parents l'autorité qui leur échappe, on les met sous tutelle (les prestations familiales étant gérées par un tuteur, non plus par les parents). Mais comme ils ne s'en sortent toujours pas, pour leur enseigner comment exprimer leur autorité, on leur verse les prestations familiales sous forme de bons d'achat.
Ce n'est que comme ça qu'il recouvreront leur autorité perdue !
Rien de plus simple : on met le doigt sur un dysfonctionnement marginal (les parents qui détourneraient l'utilisation des prestations à des fins personnelles) pour justifier d'une mesure repressive.
Encore une fois, une histoire qui ressemble à s'y méprendre à la présomption de culpabilité.
Petite parenthèse : pour ceux qui se souviennent de la carte Vitale. Elle a été créée avec l'argument que les hommes polygames en faisaient bénéficier TOUTES leurs femmes. Vous imaginez un peu le trou que cela a pu causer dans le budget de la Sécu ?!
A en croire la Sécurité Sociale, nous serions tous des polygames...
Et parce que la famille est « une valeur indispensable à notre société moderne » (D. De VILLEPIN, discours du 19 juin 2006 à la CNAF), si l'on prend des mesures humiliantes, dégradantes et remettant en cause l'autorité parentale (l'Etat se substituant aux parents), on pourra d'autant mieux contrôler la valeur "famille" : ça c'est de l'autorité !
Reste à savoir qui de la caissière ou du vigile (arrière-caisse) aura la lourde responsabilité de veiller au bon usage de ces fameux bons d'achat.
Autorité parentale, la déchéance ?