# LETTRE OUVERTE A MONSIEUR ABDENNOUR BIDAR

 

Cher Monsieur, c'est avec un intérêt à la hauteur de l'originalité de vos idées que j'ai lu votre article.

 

Notre cher philosophe s'érige en tuteur d'une pensée qu'il voudrait creuse et bancale. Une pensée tétraplégique et désarticulée, soumise à un totalitarisme spirituel des plus violents.

 

Un intellectuel musulman qui par souci de sincérité s'érige contre l'absurdité, que dis-je, la bêtise d'une communauté dont la réflexion n'est que trop sclérosée et qui ne s'exprime si ce n'est par l'expression de l'obscurantisme dans lequel elle baigne et se complait. Mon Dieu, non ! C'est qu'elle y est forcée, l'ignorante.

Si l'homme est un roseau pensant, cela ne vaudrait pas pour le Musulman. Brindille desséchée, il cède à la moindre pression. La pression augmente et le voilà réduit en poudre de bois.

 

En ardent défenseur des esprits illuminés, il prend la parole et dénonce. Parce que sa réflexion abyssale est un exemple de superficialité, bien sûr, elle s'affranchit de toute référence.

 

C'est que notre philosophe ressemble aux magiciens qui ont voulu tromper Moïse. Croyez en ce que vous dites et le monde vous suivra. La terrible insulte pour des gens qui certainement autant que lui sont « doués d'intelligence ».

 

Ainsi Monsieur de La Sagesse pose les fondements d'une réflexion qui n'a d'égales que les joutes oratoires creuses et insensées que se vouent pour la gloire les penseurs de sa trempe qui - parfois très loin de développer une pensée originale – sont surtout occupés à se forger un nom pour la postérité.

 

La religion est violence dit-il : elle astreint le croyant au jeûne, à la prière. Réduisant son essence spirituelle à la basique exécution d'un commandement, elle est annihilation de la pensée profonde.

Ainsi, les comportements, les mots, les décisions du croyant seraient issus d'un déterminisme de l'esprit. Point de responsabilité en islam. Point de salut pour celui qui ne courbera pas l'échine devant le Divin.

 

Laissons aux musulmans ce choix d'exprimer une croyance passive. Laissons-les, fidèles aux commandements divins, ne pas se laisse réduire à l'état d'hommes-animaux pour les besoins d'un capitalisme par trop envahissant. Laissons-les – à Dieu ne plaise – ne pas se soustraire à la corruption des âmes. Dans une société qui crée le besoin, un monde où l'individu est traqué jusqu'au moindre smiley dans ses mails, un univers où l'être a cédé le pas au paraître, une vie où la quête du toujours plus a réduit au silence le toujours mieux, voilà que notre croyant est réduit à s'isoler avec son Créateur. Jeûner, et prier : la quête du sens.

 

Jeûner pour se souvenir que l'on n'est pas que matière. Si le corps a ses besoins, l'esprit a autant de droits d'assouvir les siens. L'assouvissement des besoins primaires est pour un temps suspendu. Quelle violence que de se rendre compte que l'on peut vivre bien au-delà de ce que la course effrénée à la consommation fait de soi.

 

Prier pour se recueillir et faire une pause. Une pause dans un monde déchaîné, désorienté qui ne sait pas même où il nous emmène. Un monde qui n'a de sens que celui en référence à son soleil : un monde qui tourne en rond. Ce monde, c'est la négation de l'homme en tant qu'être pensant. Ce monde, c'est celui de l'individu docile et efficace parce que manquant de discernement. Prier aussi parce qu'en dehors du temps, il existe un temps bien plus précieux et qui s'écoule dans une reposante harmonie qui met en symbiose l'homme et son être. La prière enfin pour arrêter le temps et l'espace d'un instant y trouver la position, le positionnement qui nous sied.

Quelle violence que ces prières quotidiennes qui réveillent l'individu et lui rappellent au moins cinq fois par jour qu'il vaut certainement mieux que l'image que la société promeut de lui.

 

Violence d'une religion qui veut (oui, elle VEUT) que l'homme dompte ses instincts primaires, qu'il dirige le cours de sa vie, qu'il s'inscrive dans la communauté des individus au travers de ses œuvres.

 

En lieu et place de « la loi totalitaire de la religion » que notre monsieur met en exergue trône indubitablement celle de l'homme adversaire de lui-même. Si « l'homme est un loup pour l'homme », le Musulman se garde bien d'être un mouton. Se baigner - pour le croyant, l'agnostique et l'athée – dans le fleuve de la méditation et de la réforme des comportements, voilà la vraie lutte contre le totalitarisme que notre brillant philosophe dénonce tout en en faisant l'apologie.

 

Descartes a eu le courage de douter de ses sens et Al-Ghazali a remis sa foi en question. Ce qui les rassemble : l'universalité dans la démarche. Penser son être, penser son devenir, son inscription dans l'univers, c'est lutter contre les totalitarismes, s'exprimer, se (re)connaître et prendre le chemin de la réhabilitation de soi, individu unique et libre.

 

La violence que notre philosophe semble vouloir ignorer est celle à laquelle chacun de nous au quotidien est confronté. Voulons-nous continuer de « vivre » la vie qui nous est « offerte », accepter la place qui nous est assignée dans cette « société du spectacle » ? Ou voulons-nous, par les instants de liberté qui sont à notre portée nous épanouir dans une spiritualité exempte de tout intérêt purement égoïste et libérée des carcans d'une société asservissante autant que méprisante de l'être ?

Son discours jette l'opprobre sur la voie salutaire exclusive de l'individu. Ses mots : écran de fumée diffamatoire qui succède à tant et tant de doctrines obscurantistes. L'élève serait en passe de dépasser le maître.

Religion pour les uns, islam, quête de sens ou que sais-je encore pour les autres : un moyen d'exister dans son rapport à la société, dans son rapport à soi, son rapport à autrui et son rapport au monde.

 

En fait de violence, importe avant tout celle que l'homme se fait à lui-même : « se faire violence » et rejeter tous les discours normés et normatifs, rejeter l'oppression et la mainmise de quelque idéologie néfaste sur l'homme.

 

Que puis-je répondre à ce philosophe à la « cacolexie » évidente sinon qu'il aille chasser les sorcières dans son placard ? De lumière, sa réflexion possède celle par quoi ses parents l'ont nommé.

 

Bien à vous.

 

  vivemafrance, août 2010.


 

 

Le lien vers sa pensée :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/08/30/la-lapidation-preuve-extreme-de-la-logique-de-violence-de-l-islam_1404384_3232.html

 

Si ça, ce n'est pas de la violence...

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