L'AÏD, LES P'TITS GÂTEAUX...

Publié le par vivemafrance

  

Bientôt l'aïd... Comment je le sais ? Non pas au nombre de jours de jeûne ni à la forme de la lune derrière les nuages. Pas même à la pâleur des visages mates aux cheveux noirs et frisés (bon je suis obligée, c'est pour le "cliché") que je croise dans la rue. Je le sais parce que mes voisins me le font savoir. Pas ceux du cliché, les autres...

 

 

 

makrout-copie-1.jpg   photo vivemafrance (tout ça pour illustrer un blog...)

 

 

Etrangement, jusqu'à récemment, on me regardait normalement : "bonjour, ça va ? Il fait pas très beau hein"... La pluie, le beau temps...

Et puis un jour, comme ça... : -"Alors ! C'est bientôt l'aïd ! ". -"Waou, mais ça vient d'où ça ?! Mais de quoi il m'parle lui ?". Voilà comment je me faisais littéralement agresser alors que je marchais tranquillement, à mille lieues de toute considération culinaire.

"Bientôt" l'aïd... Y en a qui sont ben informés tout de même. Bientôt...? Je le savais pas. Comment l'aurais-je su aussi tôt quand, alors qu'on ne jeûne pas, "bientôt" c'est dans 20 jours ? En effet, c'est bien tôt.

 

Et quelle ne fut pas ma surprise quand un ami de longue date (je sais que tu me lis), plus français que moi et expatrié dans un pays où semble-t-il il fait un peu mieux vivre qu'ici - m'envoya ce mail. Nous sommes alors le 18 août et la fin du mois de Ramadan est prévue pour le 30 ou le 31 août :

 

"non jai pas vu ton article sur Hollande [François, ndb] par contre j'ai bien rigolé sur celui de la gare fermée ça arrive souvent cest vrai
ici on s'en fout y a pas de gare y a pas de contrôleur y a même pas de train d'ailleurs...
la france , je reviens pour l'aïd in challah
eh oui j'allais pas rater ça des gâteaux à l'oeil tu me connais"

(c'est vraiment pour la provoc', là) 

 

Voilà. Mais qui te dit que je vais faire des gâteaux ? Et pour l'aïd en plus ! Qui vous dit seulement que je fête la fin de Ramadan, moi ? Je ne discute pas avec tout le monde de "religion" et pourtant, le petit marronnier de mes connaissances : les gâteaux-de-l'aïd. C'en deviendrait presque une expression française.

 

Il est aussi étonnant de voir que les français de souche de seconde génération (selon une référence temporelle imaginaire que j'applique à mes propos), en somme les cogénères des immigrés (de souche) de seconde génération, ont pris le relais de nos anciens combattants d'ici (ceux dont la retraite est bien loin d'être aussi misérable que celle des anciens combattants de là-bas qui - braves hommes - combattaient pour la postérité et pour leur pays... La France) ainsi que des retraités qui ont fait l'Algérie et qui ferment pour l'occasion de la fête de l'aïd porte et volets de leur résidence secondaire en province et font la rencontre parfaitement fortuite de leurs anciens voisins de palier... sur le palier ! Ce palier-même d'où nous parvenaient naguère (entendez il n'y a guère) "le bruit et l'odeur"* qui incommodaient d'abord et surtout un certain Jacques CHIRAC.

C'est ainsi que de 7 à 77 ans, une fois par an, on réclame comme un acquis social ses p'tits gâteaux-de-l'aïd.

 

Naan !! Mais laissez-moi tranquille ! Est-ce que moi j'étudie votre faciès et l'origine de votre nom à la seule fin de vous demander des chocolats à Noël ? D'ailleurs, je n'en ai jamais reçus. Rien. Pourtant, j'en ai passés des Noël en France. Et puis avec les chocolats, c'est simple, il suffit de les acheter. Vous avez saisi ? En plus, jamais je n'aurais eu l'idée de faire ce grossier parallèle  entre l'aïd et Noël. Bref.

 

Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fît. La tournure affirmative vaut tout autant.

 

Même si c'est bientôt, il reste encore quelques jours avant l'aïd. Et j'aimerais vraiment - quitte à m'enfermer de longues journées dans ma cuisine - ne plus entendre de "ah oui, les voisins marocains du coin là, ils sont très gentils. Tous les soirs pendant le ramadan ils me donnent de la soupe. Alala qu'est-ce que c'est bon alors [blabla sur l'ancienne époque]". Ou encore "J'ai vu vot' mère hier. Elle allait acheter de la farine. Pour faire des gâteaux je crois [qu'est-ce qu'on peut bien faire d'autre avec de la farine...?]. Un jour les petits algériens qui jouent au ballon derrière là, ils sont venus me donner des gâteaux au miel. Vous savez, les gâteaux avec une forme un peu...enchevêtrée et des graines de sésame au-dessus...". Et alors ? Je devrais faire pareil, c'est ça ?

 

Laissez-moi vous dire que pour faire des petits-gâteaux-de-l'aïd,

il faut savoir déchiffrer ça :

 

 gateaux-aid.jpg 

  photo vivemafrance. Livre venant d'un autre pays.

 

Une fois la chose faite, il va falloir nettoyer ça (pas pour les gâteaux ci-dessus) :

 

 gateaux-aid1.jpg

  photo vivemafrance (et j'ai du négocier pour celle-là)


Alors le petit qui va frapper à la porte de ses voisins français pour leur offrir des mets-qui-sentent-bon-l'orient-le-soleil-et-l'hospitalité, je ne dis pas non. Seulement lui, quand est-ce qu'il pourra goûter les petits-plats-gastronomiques-de-la-famille-civilisée-qui-lui-a-apporté-les-bonnes-manières-parmi-les-nombreux-bienfaits-de-la-colonisation et tout et tout ? Parce que moi, ben j'attends toujours... (j'ai même eu le temps de devenir grande).

 

Et je voulais dire aussi : souhaiter à quelqu'un une "bonne fête de l'aïd" (à un arabe en l'occurence puisque, quoi que l'on dise, tous les arabes sont musulmans et inversement), c'est comme avoir passé un "bon week-end de fin de semaine".

Je m'explique : aïd est le mot arabe qui correspond à fête.

D'autre part personne ne fait le ramadan. Je vous l'ai déjà dit : ramadan, c'est le nom du neuvième mois lunaire. En français correct, on jeûne pendant le mois de ramadan.

Mais quand on va dans un pays d'étrangers (...), c'est quand-même à eux d'apprendre quelques mots de français, c'est vrai.

 

Ce qui est intéressant de relever ici, c'est le caractère bilingue (la bilinguarité ?) du pléonasme fête de l'aïd.

La civilisation, y'a bon.

 

Bon, j'arrête la rébellion littérale et me plie à plus de cent ans de colonisation par l'homme blanc : je mets mon tablier et je cours faire mes petits-gâteaux-de-l'aïd. Je connais trop de français de souche (par "souche" entendez "le premier homme")...

Même empreints d'une histoire bien compliquée, mes petits gâteaux-de-l'aïd au goût d'orient, de soleil et d'hospitalité, je les leur offrirai. "Je ne suis riche que de mes amis"** (et de ma famille, surtout).

 

Mais sérieux, pour les chocolats, j'attends.

 

 

Quelques idées de phrases pour demander à ses voisins des petits-gâteaux-de-l'aïd le jour J :

 

- En passant devant le jardin : chère madame, vous semblez bien affairée. Y aurait-il quelque chose que je puisse faire pour vous aider ? Sans doute avec les festivités aurez-vous bien des choses à préparer. S'il plaît à votre générosité,  Je me joindrais à votre tablée et d'une bouchée je saurais apprécier (même s'ils sont un peu ratés) les bienfaits de ce mois sacré.

 

- Devant la porte d'entrée : Bonjour voisin ! Je crois que vos amis sont garés sur mon gâteau... heu, mon bateau.

Avec un petit sourire gêné et de circonstance, ça devrait le faire.

 

 

 

* J. CHIRAC, Orléans, 19 juin 1991.

** : titre C'est dit, Calogero.

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Soulaym Boussouf 29/08/2011 17:00



Ah oui j'oubliai!


Je suis au travail et ta théière a réveillé en moi une grosse envie de thé à la menthe



vivemafrance 30/08/2011 01:18



Si une partie de ton travail consiste en la lecture de mon blog, je trouve que tu as bien de la chance (bon...). Et si en plus tu décroches à 17 heures 00 (moins 5 minutes pour la lecture de la
page), je devine que tu travailles en France...


C'est avec plaisir et solennité que je me joins aux différents communiqués officiels ou non et aux partisans de la méthode scientifique pour t'apprendre que dès demain, en plus de lire mon
blog au travail, tu pourras également te faire (à nouveau ?) plein de thés à la menthe ! (je plaisante)


Salam.



Soulaym Boussouf 29/08/2011 16:58



Salam alaykoum,


Ah la diplomatie du "gâteau" ! C'est fou comment le miel peut adoucir les moeurs 2 fois par an.


Attention à l'overdose tout de même.


 



vivemafrance 30/08/2011 01:25



Salam,


Tant qu'on n'a pas affaire à un coeur de fiel... Et puis la douceur du miel n'a jamais consolé personne de la piqûre de l'abeille. Ne pas trop attendre donc de cette diplomatie, je pense.


Un proverbe (arabe je crois) dit aussi "la douceur du miel n'enlève rien à l'amertume du fruit" (approximativement) alors tu pourras te prendre autant de fruits que tu veux dans la figure, au
bout d'un moment, tu risques l'indigestion ou la gastrite.


Ah, les mots... On parle, on parle. On verra bien l'année prochaine...


Demain, 9h15 !