"LES AFFICHES AGACANTES".
Ca saute aux yeux.
Arrivée dans un restaurant lambda. 30 minutes de trajet, ça suffit pour avoir des microbes plein les mains.
Nous y sommes. Je commence à me laver les mains et machinalement, je regarde dans le miroir. C'est alors que mes yeux font un sursaut ! Une petite affiche se reflète dans le miroir.
Ai-je bien vu ce que j'ai vu ? En pensant ces mots, je tourne la tête pour considérer cette affiche, qui se trouve derrière mon dos. Quand soudain, mes nerfs optiques sont brutalement stoppés par ce qui semble bien être une seconde affiche ! Puis une troisième ! Aaahhh !
Comment ça, on ne peut même pas être tranquille aux toilettes ?! Je finis après quelques secondes par retrouver mes esprits. Je prends le parti de lire ces réclames impudiques : j'ai le choix entre une pub pour des vols pas chers, une pub pour des soirées pocker et une autre pour un spectacle à Paris. Autant dire qu'il y en a pour tous les goûts.
Alors que je sors mon téléphone-radio-caméra-dictaphone-calculatrice-chronomètre-clé USB-réveil-appareil photo pour prendre un second cliché, je me rends compte qu'il n'a pas de GPS, ni boussole, ni applications, ni même écran tactile... Mais qu'importe.
Je vous laisse regarder mes "shoots" :
Déco tendance "l'information qui vous suit vraiment partout et qui y est même avant vous". (Je ne commenterai pas les clichés davantage,
de peur de verser dans le discours scatologique).
Sur ce cliché, vous apprécierez la pub placée "à hauteur d'homme", car bien que
nous sommes dans des sanitaires réservés aux dames, la parité n'a pas encore
étendu ses complexes d'infériorité à toutes les expressions de la langue française.
En tout cas, vous ne pourrez pas dire que vous ignoriez qu'un spectacle se déroulerait à l'Olympia... Avant cela, vous aurez pris connaissance d'un autre spectacle en ouvrant la porte des W.C. Seulement, à immortaliser tous ces instants, j'avais créé un petit "congestionnement" dans ces sanitaires tout minuscules. J'ai du sortir plus vite que je n'aurais voulu.
Décidément, la pub ne s'invite plus seulement dans les "temps de cerveau humain disponible[s]" **.
A ce propos, je vous propose les quelques mots qui suivent :
Oh ! Je sais bien que vous allez vous retrancher derrière le grand mot de liberté individuelle, et que vous me direz que tout propriétaire a le droit de disposer de son mur à sa façon ; mais si vous le laissez libre d'abandonner ce mur à la confection de grosses réclames, vous ne laissez plus tous les autres habitants libres de se promener sans être agacés par elle".*
Ces mots sont de Charles Garnier, architecte français du XIXème siècle, à qui l'on doit notamment... l'opéra parisien qui porte le même nom, bien évidemment ! La citation que vous venez de lire est issue de l'article, "Les Affiches Agaçantes", paru dans la Gazette des Beaux-Arts en 1871. Déjà, la publicité était intrusive.
Je n'ose pas imaginer son discours si à son époque, la réclame avait gaiement tapissé les lattrines...
L'opium du peuple, c'est le consumérisme !
Relativement à la publicité - et à la promotion des marques, donc - je vous conseille la vidéo qui suit : "le bon consommateur". Très intéressant et à prendre au second degré.
Si pour certains, une marque, c'est un symbole de réussite sociale. Pour d'autres, elle signifiera l'appartenance à un groupe (codes vestimentaires, par exemple), etc. Mais ça, ben faut voir :
Si la vidéo n'apparaît pas correctement :
http://www.dailymotion.com/video/xde2mb_le-bon-consommateur_webcam?search_algo=2
"Je suis né pour te connaître, pour te nommer Liberté[ Publicité]"***. Ouais...
Pour en savoir un petit peu plus :
* : Pauvre Charles...! Dans cet article, il déplorait déjà l'omniprésence de la publicité dans l'espace urbain. Il y soulignait le préjudice que la publicité causait à l'art mais aussi la violation des libertés individuelles qu'elle signifiait.
En d'autres termes, pour lui, la publicité agresse l'homme car elle s'impose à lui, elle défigure le paysage urbain et s'affiche ostensiblement aux dépends de la création artistique.
**: citation extraite d'une intervention de Patrick le Lay, PDG de TF1 de l'époque, Les Dirigeants face au Changement, Ed. Huitième Jour, 2004.
Propos de Patrick Le Lay, extrait :
" Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...).
Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible(...).
Pour plus d'informations, http://www.acrimed.org/article1688.html
Propos mis en gras pas le blogger.
*** : poème Liberté, P. Eluard, derniers vers.